La Géopolitique des Océans
Les Océans jouent un rôle économique et géopolitique aujourd'hui considérable. Pourtant, nous avons tendance à légèrement les oublier, en effet nous préférons regarder sur les cartes les terres émergées plutôt que ces grands espaces bleus.
Introduction
Les Océans représentent 71% de la surface de notre planète et abrite 97% de l'eau qui s'y trouve. On considère habituellement qu'ils sont au nombre de 5. Du plus grand au plus petit en termes de superficie, on trouve le pacifique, l'Atlantique, l'Indien, le Pacifique, l'Antarctique et l'Arctique. De nombreux bouts d'océans sont disputés entre énormément de pays depuis longtemps. Ils sont stratégiques car ils abritent des ressources naturelles essentielles : des ressources en nourriture (pêche), en énergie (situées dans les sous-sols marins, le pétrole et gaz). La France par exemple détient des territoires marins tout autour de ses territoires d'outre-mer, elle détient le second espace maritime en termes de superficie derrière les Etats-Unis. Les Océans sont également les autoroutes du commerce mondial, 80% des marchandises sont acheminées via les routes maritimes, cela représente plus de 10 milliard de tonnes par an.
Entre conventions et milles marins
C'est la convention des Nations Unies sur le droit de la mer qui dirige le droit des océans. Cette convention a été signée en 1982 en Jamaïque et entra en vigueur 12 ans plus tard en 1994. Cette convention délimite par exemple les zones sous contrôle des pays. Un pays est totalement souverain sur ses eaux territoriales, ainsi que sur son sous-sol et ses espaces aériens, qui se trouvent jusqu'à 12 milles marins. Il y fait appliquer ses lois et réglementations mais il doit néanmoins laisser passer les navires étrangers à condition que ceux-ci ne représentent aucunes menaces et ne soient pas agressifs. Après la mer territoriale on trouve sur 12 milles marins également la zone contiguë, sur cette zone l'État a le droit de prévenir les infractions à ses lois et règlements douaniers, fiscaux, sanitaires ou d'immigration. Enfin nous trouvons ensuite la zone économique exclusive, qui s'étend sur 200 000 marins à partir de la côte. Dans cette zone, l'État côtier à des droits souverains pour l'exploration, l'exploitation, la conservation et la gestion des ressources naturelles, qu'elles se situent dans l'eau ou dans les sous-sols. Or dans la partie de la ZEE après la zone contiguë, les autres Etats ont plus de droits. En effet, ils peuvent naviguer ou survoler la zone plus librement ainsi que poser des câbles et des sous-marins. La ZEE peut se prolonger via le plateau continental, selon la convention le plateau continental représente toute l'étendue du prolongement naturelle du territoire terrestre de l'Etat côtier, c'est donc une limite géologique qui reste parfois difficile à déterminer.
Entre rapprochement et îles
Lorsque deux Etats sont très proches et que les 200 000 milles marins ne sont pas respectés, la largeur est coupée en deux selon la règle de l'équidistance. Or si il y'a en plus une île qui appartient à un état mais qui est plus proche de l'état voisin, la frontière maritime devra alors être redessiner, car les îles jouissent des mêmes ZEE que des zones continentales. Précisément, la convention dit que "la mer territoriale, la zone contiguë, la zone économique exclusive et le plateau continental d'une île sont délimités conformément aux dispositions de la convention applicable aux autres territoires terrestres". Toutes îles a donc une importance stratégique considérable pour le contrôle des sous-sol, et c'est pour cette raison que nombre d'entre elles sont disputées.
Les îles Spratleys
Les îles Spratleys, situées dans la mer de Chine méridionale, est une zone stratégique au niveau économique et géopolitique car elle comprend une réserve de pêche non négligeable et des réserves de pétroles et de gaz dans ses sous-sols. Mais c'est aussi un point de passage conséquent du transport maritime de marchandises mondiales, notamment grâce à sa proximité avec la Chine. C'est pour ces raisons que les îles Spratleys sont disputées entre tous les pays de la région tel que la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei. En contrôlant officiellement ces îles, ces pays contrôleraient également la ZEE adjacente de la zone et ainsi les réserves naturelles précédemment citées. Sachant que les ZEE revendiquées par chacun des pays se chevauchant énormément entre elles, cela crée donc des tensions dans la région. La Chine est sans doute l'acteur le plus important, car elle revendique le pouvoir sur la totalité de l'archipel, on voit donc que sa ZEE s'étendrait bien loin de son continent. Cette revendication s'inscrit dans sa stratégie plus globale de contrôle de la mer de Chine méridional, en faisant une véritable mer intérieur, dans sa volonté d'y contrôler la navigation et ainsi de s'imposer comme leader dans la région. La Chine s'est même lancée dans la création d'îlots artificiels dans l'archipel, avec l'espoir que des ZEE soient établies autour. Mais cela a été refusé par la Cour Permanente d'Arbitrage, une juridiction internationale. Par ailleurs, la quasi-totalité des îles émergées en permanence sont occupées, la plupart du temps abritant des espaces militaires des uns ou des autres pays alentour. Nous voyons donc par cette exemple que le contrôle d'îles minuscules est un moyen efficace de profiter des richesses des océans, ainsi dans cette région, aucun pays ne souhaitent lâcher l'affaire de la ZEE des îles Spratleys.
L'Arctique
Un autre exemple, moins connu, celui de l'Arctique. Autour et plus proche qu'on ne le pense se trouve la Russie, la Norvège, le Svalbard , le Groenland, le Canada et l'Alaska. Avec le réchauffement climatique la banquise arrive de plus en plus tard dans l'année et fond de plus en plus vite. Les océans se retrouvent libres des glaces trois à cinq mois par an au lieu de 2 à 3 et demie auparavant. Les pays riverains y voient donc une opportunité à la fois en termes d'exploration des ressources naturelles des sous-sols et en termes d'exploitation des nouvelles routes maritimes qui se créent alors. Si les ZEE ont déjà été déterminés et négociés autour du Pôle Nord par chacun des Etats, l'enjeux se situe ici autour des plateaux continentaux. Au cours des années 2000 les pays riverains ont enchaîné les missions sous-marine ayant pour but de déterminer l'étendue des plateaux continentaux et donc également l'élargissement des ZEE auxquels ils pouvaient prétendre. Cela a conduit à des conflits, comme par exemple la Russie qui soutient que la dorsale de Lomonossov, chaîne de montagne sous-marine, est l'extension de son plateau continental. Tandis que le Danemark au contraire soutient que cette dorsale fait géologiquement partie du Groenland. Quant au Canada, il estime qu'elle prolonge l'archipel arctique canadien. Malgré tout, la plupart des ressources naturelles en pétrole et en gaz semblent se trouver dans les ZEE déjà définis. Quant aux routes maritimes, malgré l'accélération du réchauffement climatique, elles ne seront praticables que dans de nombreuses années encore dans cette zone. D'autant plus que plusieurs sondages réalisés en 2011 et 2013 auprès des compagnies maritimes montraient qu'elles n'avaient pas vraiment l'intention de développer leurs activités dans l'Arctique. L'enjeu autour de l'océan arctique est donc bien réel mais à nuancer. Il reste néanmoins un exemple important marquant l'importance pour les États de disposer d'espaces maritimes. On voit donc que le Groenland est un territoire absolument stratégique pour le Danemark, qui verrait sa ZEE réduite à néant sans sa possession.
La Côte d'Ivoire et le Ghana
Prenons un dernier exemple plus concret, celui en Afrique de l'Ouest au large de la Côte d'Ivoire et du Ghana, deux pays souhaitant développer leur activité pétrolière. En 2010, une compagnie pétrolière britannique, la Tullow Oil, découvre un gisement de pétrole offshore. Or le problème est que la frontière maritime entre les deux pays n'avait jamais été tracée officiellement. Un accord plus ou moins vivant existait entre les deux voisins, qui respectait une sorte de ligne médiane. Or lorsque le Ghana a commencé à exploiter le gisement, la Côte d'Ivoire a estimé que son voisin violé ses droits souverains et exclusifs sur son plateau continental. Aucun accord amiable n'a pu être trouvé et c'est fin 2017 que le tribunal international du droit de la mer a finalement tracé le litige donnant raison au Ghana dans ces limites maritimes présentées et qui incluent le gisement dans son espace maritime. La Côte d'Ivoire quant à elle a estimé que le gisement se trouvait dans une zone qui lui revenait de droit. Par ce cas concret, on voit que les limites des espaces maritimes peuvent être déterminantes, en effet nous avons ici deux pays africains pauvres et qui comptent énormément sur le pétrole pour développer leurs économies respectives. Ces gisements offshore représentent donc de réels opportunités qu'aucun ne souhaitent laisser s'échapper.
Finalement tous ces exemples nous montrent qu'une chose, les océans sont tout autant convoités que les terres, que ce soit pour des raisons économiques ou géopolitiques. Ils sont donc eux aussi déterminants dans l'évolution des relations internationales.
Coline Dubant-Saunier